La médiation en CNV:
Une possibilité lorsque 2 personnes n’arrivent pas à s’écouter et que la violence escalade.

La médiation en CNV

CONTEXTE:

Je reviens d’un repas avec mon partenaire et un couple d’ami-e-s: Pierre et Julie.
Tout allait “bien” jusqu’au moment ou Pierre a demandé à Bonno (mon partenaire) d’éteindre son portable.
Ça a pris quelques secondes pour que Bonno ressente de la colère, en fait ça a ravivé pas mal de choses qui n’étaient pas résolues entre eux (ce sont des amis de longues dates et ces derniers temps, ils ont tous 2 accumulé pas mal de choses en lien avec l’autre).

Bonno a exprimé toute la colère qu’il ressentait, Pierre a quitté la pièce après quelques minutes, disant qu’il avait besoin de digérer et de faire une pause car s’il ouvrait la bouche “...ça allait partir en live“.

Oups……Silence dans la cuisine…

DEUX MANIÈRES TRAGIQUES DE RÉPONDRE AUX CONFLITS:

Enfant, et jusqu’à ce que la CNV croise ma route, le seul modèle de résolution des conflits que j’ai connu se résumait à 2 alternatives:
-soit c’est l’escalade de la violence verbale, voire parfois physique, et suite à ça c’est LA DISTANCE dans le lien.
-soit c’est la répression totale des émotions, tout le monde étouffe tout, sous couvert de discussions anodines, de la pluie et du beau temps et…. c’est aussi LA DISTANCE dans le lien.
Dans les 2 cas, DISTANCE….

CONFLIT, DÉFINITION:

Parfois le chiffre 2 est trop pauvre en ressources, surtout quand deux personnes souhaitent être entendues et s’exprimer en même temps. ce qui est d’ailleurs la définition d’un conflit:
“Lorsque 2 personnes souhaitent s’exprimer en même temps et qu’ il n’y a pas d’espace d’écoute”.

Dans notre situation, Bonno et Pierre n’ont pas pu s’écouter mutuellement, chacun était plein, pas d’espace pour écouter l’autre. Comme deux verres d’eau remplis qui essaient de se déverser l’un dans l’autre, ça ne marche pas…

Comme dit le proverbe africain “Ça prend un village pour éduquer-soutenir un enfant”, ben moi je pense que ça prend un village pour éduquer-soutenir toute relation! Qu’elle soit amoureuse, amicale…à partir du moment ou c’est proche et que l’action de l’un peut influencer la vie de l’autre.

MÉDIATEUR-TRICE CNV, QU’EST-CE-QUE C’EST?

En CNV, le terme médiateur est très différent de comment ce mot est perçu ailleurs. Dans d’autres cadres, “médiateur” rime avec quelqu’un qui amène des solutions et/ou aussi avec la justice. En CNV, le médiateur est une personne qui a de l’espace et de la ressource empathique pour pouvoir entendre les besoins important sous jacents des deux individus, le médiateur offre sa disponibilité et ses oreilles girafes et aide littéralement à ce que chaque message puisse être entendu par l’autre.
Focalisée sur la connexion (l’écoute des besoins et le soutien à l’expression authentique) plutôt que sur le fait de trouver des solutions la médiation CNV permet, selon moi, une (re-)connexion et l’émergence vers la coopération naturelle entre 2 êtres humains.

Alors c’est ce que l’on a fait….On était chanceux-ses, Julie et moi étions plutôt disponibles et tranquilles.
On a écouté Bonno, pendant 30mn (Pierre était dans la chambre d’à coté).
On a écouté Bonno sans essayer de le fixer, de solutionner ni de donner des conseils, mais en se centrant sur son coeur et offrant une présence spacieuse, on était en fait assez silencieuses dans notre écoute.
Après 30mn, Bonno respirait plus profondément et semblait dans une autre énergie que je qualifierais de “tranquille”.
Pierre est revenu, on a mangé et à ma grande surprise c’était plutôt tranquille et harmonieux voir même parsemé d’humour, comme une pause, une trêve, une brise de connexion du fait d’avoir accueilli les émotions de Bonno telles qu’elles étaient sans chercher à les étouffer ou encore les solutionner.
Puis on s’est mis à écouter Pierre tous les 3, Bonno avait pu déverser son trop plein et était maintenant plus apte à recevoir.
Bonno pouvait parfois même  reformuler ce qu’il entendait de Pierre, lui dire l’essence de ce qu’il entendait de son message.

À notre départ tout le monde s’est fait des embrassades. …

PROLOGUE:

Ce qui me touche le plus quand je pense à cette anecdote, c’est le fait d’accueillir la vie telle qu’elle se présente, quand Bonno a été en colère, plutôt que d’arrêter sa vague, on l’a accueilli, entendu. Plutôt qu’ignorer, réprimer ou rejeter cette énergie là, on l’a invité à table avec nous.
J’aurais tant aimé avoir ce modèle enfant, pour que peu à peu le conflit ne m’apparaisse plus comme synonyme de danger ou de déconnexion mais plutôt comme faisant parti de la vie.
Mon rêve serait que chacun-e puisse être formé-e à la médiation CNV pour que ces situations du quotidien puissent trouver l’espace d’être et que le conflit devienne un cadeau plutôt qu’un fléau.

Comments · 4

  1. J’adore ces petites histoires de la vie courante quand elles sont en lien avec la CNV. Elles sont si proche du quotidien de tous. Çà donne de l’espoir, l’espoir d’un monde plus humain, d’une communication au service de la vie, du bonheur de chacun. A quand, une formation pour ceux qui dirigent ce monde ? Peut être en fait est ce le bon chemin, celui qui consiste à former ceux qui ont l’élan de saisir l’opportunité de croiser la route de belles personnes comme toi et Yoram. Cette force se nomme mimétisme. Il y a un long chemin à faire. Espoir….. Bises à vous deux. Philippe

    1. Merci Philippe pour ton message. Contente de lire que tu “adores” lire ces petites histoires si proches du quotidien 🙂
      Pas à pas….
      Bisous!

  2. Oriane,
    Merci pour ce partage issu du quotidien. Pour moi, ce sont ces histoires de vécu “dans le feu de l’action” qui m’inspirent le plus. Parce qu’elles me donnent l’espoir qu’à force de pratiquer, m’entraîner, prendre le temps, … le processus de la cnv s’imprègne, non plus seulement dans des groupes ou des temps dédiés à cela, mais bien au cœur de nos expériences de vie pour les faire fleurir, et presqu’en temps réel, les rendre ainsi plus beaux, plus légers, plus goûteux. Et dans l’instant où j’écris ces lignes, je ressens de la joie à l’idée de cette terre promise qui est in fine… sous nos pieds ! 🙂

    1. Vanessa! Merci pour ton partage. J’aime bien lire “…non plus seulement dans des groupes…mais au coeur de nos expériences de vie”!

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